Le Service Social International
Le Service Social International a été créé en 1924, par Mary E. Hurlbutt et Ruth Larned, deux assistantes sociales, en réponse aux importants mouvements migratoires qu’a connus l’Europe de la fin du XIXᵉ siècle. Après la Première Guerre mondiale, le contexte européen extrêmement difficile a conduit des dizaines de milliers de déplacés à s’installer aux États-Unis. C’est dans ce contexte que fut fondé le SSI et que furent créées les premières branches dans les pays-clés, offrant information et assistance aux migrants. Le réseau du SSI s’est constitué sur la base de ces premières unités qui, au fil des ans, ont développé une méthodologie de travail. La coopération entre elles s’est peu à peu consolidée pour devenir particulièrement solide et efficace après la Deuxième Guerre mondiale.
Les personnes fondatrices de notre réseau cherchaient une réponse pratique au grand nombre de problèmes que rencontraient les individus et les familles avec les lois et les procédures administratives contrôlant la migration et aux répercussions sur leur vie.
Face à l’augmentation des besoins de migrants et de personnes en détresse, un comité suisse intitulé «L’aide aux émigrés – Section suisse du Service International d’aide aux Emigrants» se crée, en 1932, le SSI Suisse est né.

Mary E. Hurlbutt (1888-1980): pionnière du travail social

Mary E. Hurlbutt, née en 1888 à Greenwich, Connecticut, est reconnue pour sa carrière d’assistante sociale et de militante pour les droits des immigrés. Après avoir terminé ses études à la New York School of Social Work de l’Université Columbia, Hurlbutt a approfondi son expertise grâce à des projets de recherche à Vienne, Londres, Paris et en Italie. Elle s’est activement engagée auprès de la Young Women’s Christian Association (YWCA) et a rapidement accédé aux postes de secrétaire à l’Immigration en 1919, puis de directrice du Bureau du Service de l’Immigration en 1922.
Ancrée dans son expérience en travail social et enrichie par ses expériences internationales, Hurlbutt a développé une profonde empathie pour les immigrés. Témoin des bouleversements mondiaux après la Première Guerre mondiale, elle a anticipé l’évolution du paysage et a reconnu que les normes traditionnelles d’immigration deviendraient obsolètes.
« Autrefois, les immigrants s’installaient dans quelques grandes villes », précise Hurlbutt. « Selon la loi actuelle, ils auront tendance à être plus dispersés, ce qui augmente la nécessité pour toutes les écoles de travail social d’inclure dans leurs programmes une compréhension des problèmes techniques et culturels. »
Reconnaissant la nécessité d’une entité neutre pour aider le gouvernement à aider les migrants, en particulier ceux déplacés de force par la guerre, Mary et ses collègues de la YWCA ont lancé une étude révolutionnaire. Leur question centrale était : « Dans quelle mesure la souffrance humaine doit-elle être prise en compte dans les nouvelles lois sur la migration ? »
Soutenues par leurs recherches approfondies, ces femmes ont créé la première organisation internationale entièrement dédiée à l’immigration — le Service international des migrations, plus tard renommé Service social international (SSI). Mary, avec son groupe de femmes pionnières, a jeté les bases d’un travail social équitable au-delà des frontières, une mission qui continue de guider le SSI à ce jour.
Par la suite, Mary Hurlbutt a assumé le poste de professeure de travail social à la New York School of Social Work, transmettant son expertise inestimable. Son héritage durable est marqué par un engagement envers les principes humanitaires et une quête infatigable de justice pour les migrants.
Dix jalons, cent ans d’engagement
Les racines du SSI Suisse remontent à la Young Women’s Christian Association (YWCA) qui commença à s’intéresser au sort des femmes et des enfants émigrants à une époque où de nombreux-ses européen-ne-s quittaient leur pays pour chercher de meilleures perspectives outre-mer.
C’est durant l’entre-deux-guerres qu’une structure centrale fut créée à Genève sous le nom de Service International d’Aide aux Émigrés (International Migration Service – IMS), connue aujourd’hui sous le nom de Secrétariat général du SSI.
Avec la crise économique de 1929 et ses conséquences sociales, de plus en plus de cas concernant la Suisse se sont vus adressés à la structure centrale qui décida d’ouvrir un Secrétariat suisse en son sein pour les gérer.
Durant cette période de dépression économique mondiale, de nombreuses familles retournèrent en Suisse victimes du chômage ou de détresse financière.
Face à l’augmentation des besoins, un comité suisse intitulé «L’aide aux émigrés – Section suisse du Service International d’aide aux Emigrants» se crée.
Pendant et après la deuxième guerre mondiale, le comité suisse a soutenu de nombreux enfants réfugiés en les aidant à retrouver leur famille à l’étranger ou en trouvant des solutions de placement.
Le SSI entame une collaboration de plus de 40 ans avec le HCR pour le soutien aux réfugiés en Suisse romande et au Tessin. La Suisse, et Genève en particulier, étaient à cette époque des pôles d’attraction pour les individus fuyant leur pays d’origine et recherchant aide et protection.
Le SSI Suisse, grâce à son savoir-faire socio-juridique a su clarifier bon nombre de situations transnationales, tout en organisant un accueil adéquat en Suisse ou le retour dans un autre pays.
Le SSI Suisse a ouvert une succursale à Zurich et a eu des correspondants à Bellinzone et St-Gall pour assurer la couverture nationale de sa mission.
Le SSI Suisse suit le développement du droit international privé et intervient aux côtés des autorités pour la mise en œuvre des Conventions de La Haye ratifiées par notre pays, notamment celles de 1980 concernant les enlèvements d’enfant, de 1993 sur l’adoption internationale et de 1996 sur la protection internationale des enfants.
Depuis 1989 et l’adoption de la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant, le SSI Suisse s’investit à en faire la promotion afin que les droits des enfants concernés par la migration soient respectés.
La Fondation Officielle de la Jeunesse (FOJ) mandate le SSI Suisse pour assister tout mineur non accompagné déposant une demande d’asile à Genève.
Le SSI Suisse commence à collaborer avec des partenaires locaux dans les Balkans, en Europe de l’Est et en Afrique de l’Ouest pour développer des solutions de renforcement des systèmes de protection pour les enfants ne pouvant grandir dans leur propre famille.
Face à la soudaine augmentation des demandes d'asile en 2015 en Europe, le SSI Suisse renforce son engagement pour soutenir les MNA dans l'exercice de leurs droits et la recherche de solutions individuelles durables. Le SSI Suisse effectue un travail d’information et de sensibilisation des autorités concernées, des expert-e-s et des responsables politiques sur le besoin de protection des MNA à travers divers projets et plaidoyer.
C’est aussi pendant cette période que le SSI Suisse développe une expertise d’appui et de protection pour des personnes migrantes adultes quand elles quittent la Suisse pour un retour dans leur pays d’origine ou un pays, où elles ont un statut légal et peuvent faire une demande d’asile.
La crise liée à la pandémie pose au SSI Suisse de nouveaux défis. Observateur de son impact en première ligne, il réaffirme son engagement auprès des enfants, des familles et des personnes migrantes ayant besoin de soutien.
Centenaire du réseau SSI. Cent ans après sa fondation à Genève, le réseau célèbre un siècle d’action sociale par-delà les frontières. À cette occasion, le SSI Suisse crée l’exposition « À travers temps et frontières », qui met en lumière des histoires de femmes, d’enfants et de familles sur les routes de la migration et redonne une dimension humaine à ce sujet complexe.